12 raisons de NE PAS utiliser des infographies juridiques

Notre analyse des 12 raisons qui font hésiter les avocats et les juristes à utiliser des schémas et des diagrammes dans leurs documents juridiques.

Les 12 raisons peuvent être résumées sous forme de mind map :

Raisons de ne pas utiliser des infographies juridiques

Sommaire

1. Risque juridique
1.1 Manque d’exhaustivité
1.2 Absence de standard visuel
2. Compétence / Savoir-faire
2.1 « Ce n’est pas notre métier »
2.2 « Je ne sais pas dessiner »
2.3 « Je ne maîtrise pas assez les logiciels »
3. Temps
3.1 « Cela prend trop de temps »
3.2 Impossible de créer une infographie à la dernière minute
4. Coût
4.1 « C’est trop cher »
4.2 « Ce n’est pas rentable »
5. Perception du juriste
5.1 Risque de déstabiliser le Client
5.2 Ce n’est pas dans les moeurs
5.3 Dessiner, c’est infantiliser son interlocuteur

1. Risque juridique

1.1 Manque d’exhaustivité

L’argument principal contre l’usage de visuels dans les documents juridiques provient de la conviction qu’il s’agit exclusivement d’une démarche de vulgarisation. Et qui dit « vulgariser », veut dire sacrifier des informations importantes, n’est-ce pas ?

Au contraire :

  • comme avec le texte, on peut taire des informations importantes ou on peut tout dire. Plus on est exhaustif, plus nos documents juridiques deviennent complexes, difficiles à comprendre et longs à lire. Voici deux exemples de schémas exhaustifs : (1) Public domain calculator France (2) Immigration flowchart ;
  • du côté du juriste qui réalise le schéma, cette méthode lui permet de ne rien oublier ! Dès qu’on schématise une procédure ou un contrat, on se rend compte si on oublie une étape ou une information importante.

Parfois, un schéma peut s’avérer tellement clair au point qu’il n’arrange pas ceux qui tirent profit du flou juridique.

Une autre crainte associée à l’excès de clarté consiste à se dire qu’on risque de perdre des clients, lesquels, ayant compris la démarche à suivre une fois expliquée, décideront de se passer de l’intermédiaire d’un juriste ou d’un avocat.

1.2 Absence de standard visuel

Nous sommes tous exposés quotidiennement à des pictogrammes, schémas, diagrammes et tableaux au travers de notre environnement, de la presse, du web ou du la télévision. Nous avons suffisamment de connaissances pour comprendre la plupart des visualisations courantes, par exemple :

  1. Etapes successives –> exemples ;
  2. Frises chronologiques –> exemples ;
  3. Organigrammes –> exemples.

L’exception qui fait confirmer la règle : voici quelques méthodes de visualisation moins courantes, mais non moins intéressantes :

  1. Swim lane –> wiki et exemples ;
  2. Diagramme de causes et effets –> wiki et exemples ;
  3. Diagramme de Gantt –> wiki et exemples.

2. Compétence / Savoir-faire

2.1 « Ce n’est pas notre métier »

Est-ce aux juristes et aux avocats de concevoir des schémas et des diagrammes ?! OUI, car ils détiennent le savoir et l’expertise de la problématique juridique. Ils sont également en première ligne de la communication avec le client.

Dans certains cas plus complexes, on peut chercher l’assistance de « legal designers », des graphistes, de « UI/UX designers » et des développeurs.

2.2 « Je ne sais pas dessiner »

Il n’est pas nécessaire de savoir dessiner car l’objectif n’est pas de créer des illustrations à but esthétique.

Au contraire, on cherche à créer des schématisations, c’est-à-dire des représentations synthétiques et utilitaires de l’information juridique. L’essentiel du travail est d’ordre intellectuel et consiste à réécrire et réorganiser les informations, afin de les représenter dans un ordre logique. Voir ce tutoriel pour un exemple concret.

2.3 « Je ne maîtrise pas assez les logiciels »

Créer un tableau, un schéma ou un arbre décisionnel est à la portée de tous grâce aux outils de bureautique. Des ressources gratuites existent en ligne et permettent de se perfectionner rapidement.

N’hésitez pas à vous inspirer de ce qui se fait déjà dans d’autres domaines ou recherchez des tutoriels spécifiques pour vous former.

Avant de passer au logiciel, il est préférable d’effectuer une première ébauche à la main, sur une feuille de papier. Cela permet de rapidement esquisser des idées, sans être distrait ou ralenti par la réalisation au format numérique.

Dans certains cas, il ne serait même pas nécessaire de réaliser le schéma avec un ordinateur. Lors de réunions ou de rendez-vous, on peut se contenter d’esquisser à la main ou sur un paper board.

3. Temps

3.1 « Cela prend trop de temps »

On ne peut pas créer des documents juridiques à valeur ajoutée si on ne prend pas le temps.

Certes, au début la démarche risque de vous prendre du temps, mais le retour sur l’investissement est certain : vos clients apprécieront vos efforts et votre démarche de clarté et de différenciation.

3.2 Impossible de créer une infographie à la dernière minute

C’est effectivement compliqué de concevoir et réaliser une visualisation in extremis, surtout si on n’en fait pas habituellement.

Plusieurs solutions existent :

  • constituer une base de templates qui peuvent être facilement réutilisés et adaptés, notamment pour des procédures que l’on fait fréquemment ou des dossiers types ;
  • utiliser des logiciels spécifiques qui vous permettent d’aller vite, par exemple (1) Coogle pour réaliser des mind maps, (2) Time.graphics pour faire des frises chronologiques et (3) Canva pour divers petits schémas et diagrammes ;
  • utiliser une esquisse faite à la main si le contexte s’y prête. Une version peut être créée avec un logiciel dans un deuxième temps.

4. Coût

4.1 « C’est trop cher »

Avez-vous déjà calculé le coût de la complexité de vos documents juridiques ? Voici quelques exemples concrets :

  • des devis non acceptés par votre client qui ne comprend pas ce que vous proposez ou la valeur ajoutée de vos prestations juridiques ;
  • des demandes de pièces ou d’informations complémentaires que l’on ne vous adresse pas et qui nécessitent des relances multiples ;
  • des conseils ou des solutions juridiques que votre client ne met pas en place, faute de comprendre vos préconisations et vos explications.

Pour un exemple concret, je vous invite de lire l’excellent article d’EnClair « La complexité coûte cher aux organisations. Savez-vous à quel point ? »

4.2 « Ce n’est pas rentable »

Rendre accessible des informations juridiques complexes dans un format digeste est une véritable stratégie de différenciation et de fidélisation Client.

Economiser le temps de son Client et faciliter sa prise de décision est toujours rentable.

Si vous ne réalisez pas vous-même les infographies, il existe des solutions pour optimiser ses coûts de sous-traitance :

  • demander des templates modifiables avec un logiciel que vous maîtrisez (Word, PowerPoint ou des logiciels spécialisés) que vous pouvez réutiliser et adapter autant de fois que nécessaire ;
  • faire supporter le coût de réalisation des infographies à votre Client. Dans votre devis, en plus de vos prestations habituelles de consultations, de préparations d’actes ou de rédactions de contrats, vous pouvez inclure une option de réalisation d’une présentation PowerPoint incluant des schémas et des diagrammes, des modes d’emploi incluant des visuels, des posters ou des frises chronologiques.

5. Perception du juriste

5.1 Risque de déstabiliser le Client

Les schémas et les diagrammes sont utilisés avec succès et depuis longtemps dans d’autres domaines. En outre, nous sommes tous exposés quotidiennement à des visualisations.

Dans la pire éventualité, votre Client sera (agréablement) surpris.

5.2 « Ce n’est pas dans les moeurs »

Vous avez l’impression que personne autour de vous n’utilise des infographies juridiques ?! Vous attendez la généralisation du legal design avant de vous y mettre ?

Considérez ceci : les avocats et les juristes ne sont généralement pas très partageurs de leurs documents et outils juridiques, sur lesquels ils ont investi beaucoup de temps. Ils ne diffusent que rarement leurs schémas et diagrammes, encore moins sur le Web, par crainte de se faire copier, de révéler trop de leur expertise et savoir-faire.

La raison principale de ne pas avoir connaissance des infographies de vos confrères est la confidentialité des informations qui y sont contenues. C’est également la raison pour laquelle notre page Portfolio contient peu d’exemples.

5.3 Dessiner, c’est infantiliser son interlocuteur

Cet argument consiste à dire que l’usage de visuels risquerait d’insulter l’intelligence de votre interlocuteur et donc vos efforts de rendre le droit accessible et compréhensible se retourneraient donc contre vous.

Selon Nicolas Boileau « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ». Et quoi de mieux qu’un croquis plutôt qu’un long discours ?

Et vous, quelles raisons vous empêchent d’utiliser des infographies ?

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